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Transfert des cultes Soninké et Kakolo.
IV. L’ « enclume » dans les falaises de Bandiagara.

Transfert des cultes Soninké et Kakolo.
IV. L’ « enclume » dans les falaises de Bandiagara.
(Selon le livre « l’empire de Ghana. Le Wagadou et les traditions de Yéréré »).



Photo: Rocher mythique Dogon dans les falaises de Bandiagara.

Si nous insistons sur ces représentations et sur les rituels qui les accompagnent dans la haute Vallée du Niger, c’est parce que, encore actuellement, les mêmes interprétations de terrain (qui sont des symboles considérés comme très anciens et fondamentaux, car ils ne sont pas construits de la main de l’homme) se retrouvent chez les Dogon.
Ceux-ci ont déclaré que leurs ancêtres vivaient autrefois au nord de Tombouctou dans une région nommée Djigou, qui ne figure pas sur les cartes actuelles. Lorsqu’ils ont dû abandonner le Wagadou, certains traversèrent le lac Débo aidés par des piroguiers, ancêtres des Bozo, qui avaient occupé les lieux. (C’est là qu’aurait été scellée la très forte alliance cathartique qui unit, encore aujourd’hui, les Dogon et les Bozo). D’autres se refugièrent dans les Monts mandingues, où ils se sont implantés et où ils ont conservé leurs croyances traditionnelles. En effet, ils ont séjourné dans cette région, en particulier dans celle des villages de Dagoro et Sibi situées sur le plateau au dessus de Sibi, pendant plus de mille deux cent ans, car ils précisent avoir réalisé vingt cérémonies soixantenaires du Sigui avant d’émigrer à nouveau. Leur départ fut provoqué par leur désir de conserver leurs croyances et de ne pas céder aux pressions de ceux qui voulaient qu’ils se convertissent à l’islamisme. Ils partirent probablement vers la fin du XIIIe siècle et se dirigèrent dans la direction de leur ancien habitat. Ils s’arrêtèrent à Segou, puis à Djenné : le sable avait envahi le pays où ils désiraient retourner. Les espaces réduits de terres à cultiver ne leur permettant pas une installation durable dans la région de Djenné, déjà peuplée, ils allèrent alors occuper les falaises de Bandiagara.



Photo: Habitations Dogons au pied de la falaise BANDIAGARA.

Là, ils édifièrent de nombreux villages où ils implantèrent les bases de leurs cultes claniques, lignagers et agraires. En même temps, pour conserver l’histoire de l’ensemble de leurs croyances traditionnelles, ils procédèrent, sur de très larges espaces, à de nombreux aménagements de lieux où étaient effectuées certaines pratiques. En particulier, les représentations et les rites associés à la chute de la météorite qui creusa le cratère du lac Bosomtwi. Ils ont rappelé ce fait en divers points de leur territoire, en intégrant et interprétant les accidents du relief d’une part, d’autre part en procédant à des aménagements à proximité.
a) La plus importante de ces représentations est située dans le massif de Yougo, où se trouvent trois agglomérations, Yougo Dogourou, Yougo Pilou et Yougo Na.
Au flanc sud du massif, une grande excavation a été aménagée, qui représente le cratère devenu « mare », c'est-à-dire le lac Bosomtwi. Au-dessus des cavernes aménagées de Yougo Dogorou, village perché en haut du massif et où débutent les cérémonies soixantenaires du Sigui, un rocher naturel quadrangulaire et vertical de très grande dimension qui se dresse à l’est au flanc de l’agglomération qu’il domine, représente « l’enclume ». Ce rocher se nomme tibu tuno, « pierre unique » ; sa devise est tibu tuno yele anam, « pierre unique des hommes arrivés ». On dit que, symboliquement, « l’enclume est tombée à Yougo ».
Le rocher est quadrangulaire, chaque face étant orientée selon une direction cardinale, traversé par une fente qui en fait une sorte d’immense pierre creuse…
De plus tous les groupes ethniques longtemps implantés au Mandé, qui ont dû ou voulu émigrer, ont emporté avec eux une « pierre « ou de la « terre » des Monts mandingues. Les Dogon n’ont pas fait exception à cette pratique ; les autels, associés aux cultes agraires, dits lebe, sont fait de pierres, enrobées de pisé où a été insérée un peu de « la terre apportée du Mandé », qu’ils s’étaient partagée quand les membres de cette ethnie se sont séparés pour occuper les lieux et les cultiver.
Ils ont placé aussi, au pied du rocher de Yougo Dogorou qui représente l’« enclume », une « pierre du Mandé » près de l’autel d’Amma.
Le plus âgé des patriarches chefs de lignage de Yougo Dogorou est chargé des rites effectués sur l’ « enclume ». Chaque année, avant les semailles, un jeune garçon délégué va verser au sommet une libation d’ « eau de mil et de riz », puis la même libation est effectuée tout autour du rocher. Ce rite est répété si la pluie s’arrête et que le Hogon d’Arou, siégeant à Arou-près-Ibi, en demande l’exécution avant que lui-même agisse dans sa localité, car il est le plus important recours en cas de sécheresse.
L’enclume mythique est censée contenir symboliquement toute la force vitale nyama des céréales. La libation a pour but de maintenir dans l’intégrité des lieux la vie du mil. De plus à la récolte, l’épi de mil placé au sommet près de la fente, qui n’est jamais égrené et reste là, picoré par les oiseaux, est un agent et un témoin : les « âmes », kikinu, des céréales sont confiées par ce geste au moment de la récolte aux grands ancêtres Nommo célestes qui en sont les gardiens, et qui les renverrons l’année suivante, avec la pluie, dans les grains conservés pour les semailles.
b) A Arou-près-Ibi, où vit le Hogon d’Arou, chef suprême religieux, autrefois politique, des Dogon, des aménagements ont été réalisés dans les dépendances de l’habitation du dignitaire. Dans la cour, une excavation circulaire a été creusée, puis entourée de pierres formant muret ; elle représente le lac. En face de la demeure, sur un escarpement qui domine la cour et dissimilé par des arbres, à coté d’un autel consacré à Amma, on a dressé un bloc vertical, « l’enclume ».
Les Dogon, comme les Soninké du Wagadou et les Kamara du Mandé, nomment «pierre», ou encore « pierre unique », ce symbole de la météorite. Et, comme eux, ils l’ont représentée par un rocher, une pierre. Nous ne saurions mieux dire qu’en rappelant les premières phrases des textes en langue du Sigui qui, bien qu’elliptiques, soulignent à la fois l’importance et l’ancienneté de cet événement :
« Amma salut Après Amma, Terre salut
Après la Terre, Pierre salut…pierres de derrière, petites pierres, salut
Après les petites pierres, Yeban salut
Après les Yeban, Andoumboulou salut… »
Et nous rappelons que les cérémonies soixantenaire du Sigui débutent à Yougo Dogorou, où se trouve ce témoin fondamental.
c) D’autre part, comme les Malinké à Kangaba, les Dogon ont conservé dans les falaises la mémoire et le témoin des « jarres » de Dinga. Ils ont nommé »jarre » la mare la plus importante d’Arou-près-Ibi. Elle est située non loin du champ de fonction du chef suprême, le Hogon d’Arou, et l’on y sème annuellement le petit mil et le sorgho. Les semailles sont réalisées les premières, avant qu’aucune autre soit effectuée dans l’ensemble du pays Dogon. Ce champ sera récolté le dernier, quand tous les cultivateurs auront coupé et engrangé leurs épis.
La devise de la tribu Arou, au sein de laquelle est choisi le dignitaire, relate les migrations des Dogon depuis le Mandé. Les premières phrases de cette très longue évocation donnent le nom et la devise de cette mare sacrée. Elles évoquent très clairement l’origine lointaine des Dogon et l’époque où avant d’occuper le Mandé ils vivaient au sahel : là où un ancêtre cavalier avait déposé et consacré « ses jarres » et où ses fils, occupant les lieux, avaient fondé l’empire du Wagadou.
« Autrefois
Autrefois, autrefois
Autrefois, « place de la quatrième génération »
Autrefois, le cheval en main
Autrefois, la jarre nouvelle
Autrefois, la jarre inépuisable… »



Photo: Fête des masques chez les Dogon.



M.SACKO 06/13



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