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Transfert des cultes Soninké et Kakolo.
III. L’« enclume » de Nyenguéma.

Transfert des cultes Soninké et Kakolo.
III. L’« enclume » de Nyenguéma.
(Selon le livre « l’empire de Ghana. Le Wagadou et les traditions de Yéréré »).

Le grand centre des Kamara est Dankassa ; cette famille a fondé également Bankoumana, Bali, Sibi, Kolé, Guéna, Nyenguéma, Tabou. Dans chacune de ces agglomérations siégeait une importante société d’initiation du Komo ; quand il y avait élection ou cérémonie, tous les sociétaires de ces divers villages étaient prévenus et convoqués.
Le lieu sacré le plus ancien des Kamara est une aiguille située au flanc des monts Mandingues, près de Nyenguéma, dits niegema kuru, « monts de Nyenguéma ». L’aiguille domine un large cirque, peu escarpé, en demi-cercle. Elle est à elle seule le « témoin » de « l’enclume mythique » représentée au Wagadou par la « pierre de Dyenguédé », objet, comme nous l’avons dit ci-dessus, du culte des Kakolo, et sur laquelle Diabé Cissé avait fait prêter serment. C’est dire sa fondamentale importance, attribuée à son ancienneté sur le plan historique et culturel (que Wâ Kamissoko a souligné le premier, en 1975) et au fait qu’elle reste associée à l’acte politique de la fondation d’un empire. Culte de base des Kakolo conquis, Diabé, comme le texte le souligne constamment, exigea de tous l’allégeance par une promesse formulée à son endroit.



Photo: rocher mythique des monts mandingues.

Les Kamara étaient au Wagadou les sacrificateurs de « l’enclume » mythique dite « pierre de Dyenguédé ». Or ce symbole historique, ici volontairement représenté, est considéré par tous les chefs, prêtres, cultivateurs ou artisans des deux sexes, etc. comme le témoin le plus important du culte le plus ancien, celui de « l’enclume », pour toutes les populations qui, associées, se considèrent comme rattachées au Mandé.
Non seulement l’aiguille, mais tous les rochers qui émergent au sommet tout au long de ce large escarpement sont interprétés : le paysage, dans cette perspective, représente les principales séquences de la genèse et de la cosmogonie des sociétés concernées et ont titre de témoin de leurs croyances et de leurs rites. Très précisément, il s’agit de ce qui s’est passé dans le Ciel depuis le début de la création réalisée par un Dieu unique, Ari, jusqu’à la descente sur la Terre d’une météorite, qui deviendra l’« enclume », puis du « forgeron », qui l’utilisera ultérieurement comme « outil » de travail.
Nous donnons ci-dessous les noms Soninké des lieux-dits de cet escarpement, leurs situations respectives et leur analyse :
1- Mâga gide, « pierre du seigneur (le plus puissant) », c'est-à-dire Ari, Dieu : lequel est représenté sur la terre par son « témoin », le Kaya Maga.
2- Gide baane, « une seule pierre », représente la « mère », la « matrice » au sein de laquelle furent réalisés les jumeaux primordiaux. Cette dénomination affectée à un rocher comme fendu en deux parties souligne la gémellité attribuée d’une part au placenta organique (qui est double), d’autre part aux naissances primordiales ou aux germinations mythique (qui furent gémellaires).
3- Nyegame gide, « pierre de nyegame ». Nyegame est le nom de la personnalité mythique qui, après divers événements, a dû, alors qu’il était encore au ciel, « assumer tout le bien et tout le mal du monde ». Il l’« assume » encore, car il est descendu sur la Terre et vit dans l’eau, laquelle tomba comme pluie, pénétra le sol et permit d’assurer l’existence et la pérennité des êtres vivants qui l’occupèrent. Au pied de ce rocher coule une source qui forme une cascade puis une mare au bas de l’escarpement. L’eau de cette mare est sacrée : elle est prélevée pour laver les nouveau-nés et contribuer à fixer leurs principes spirituels, comme pour soigner les maladies, lesquelles sont presque toujours attribuées aux ruptures d’interdits qui affectent la stabilité de ces principes dans l’être humain.
4- Sita dyamane, « place du monde ». Ce serait l’autel où auraient lieu tous les sacrifices et les rituels qui consacrent et entretiennent les rapports que les hommes ont avec Nyegame, leur « ancêtre », qui a tout « assumé ». Le terme dyamane désigne aussi la « foule » et souligne la quasi-universalité attribuée à cet ancêtre mythique qui, pour la tradition, est celui de tous les hommes actuels.
5- Gide komfe, « pierre de pluie ». C’est l’eau du ciel qui tombe. C’est aussi l’autel où les hommes se rendent pour intercéder et pour obtenir la pluie nécessaire à la vie.
Les trois excroissances qui suivent sont consacrées à l’« enclume » :
6- Nyege nyege, « long et mince ». Cette expression est purement descriptive du rocher, vertical et très haut qui représente cette « enclume » pendant sa descente du ciel, c'est-à-dire la gigantesque météorite qui, tombée sur la terre, creusa l’excavation qui devint « lac » après la pluie.
7- Nyege deni, « petit nyege », ou « fils de nyege ».
8- Nyege yagare, « femme de nyege ».
Ces deux derniers rochers n’ont pas encore fait l’objet de commentaires précis, mais leurs noms les associent nettement à la représentation qui les précède. La forme de celui dit « petit nyege » a permis d’assimiler en tant que « fils de l’enclume » au « forgeron » mythique, qui est intervenu beaucoup plus tard sur la planète, mais qui l’utilisera et interviendra de façon magistrale dans la vie des êtres humains, telle qu’elle est comprise dans la cosmogonie de certaines populations d’Afrique occidentale.



Photo:rocher mythique des monts mandingues.

Le culte est assumé par les Kamara, il évoque à lui seul le lien étroit de cette « enclume » avec l’agriculture. Une fois par an, au nom du gardien responsable, le warasa, un jeune délégué capable de grimper sur ce rocher escarpé, verse un mélange d’eau et de farine de mil au sommet de l’aiguille, trois ou quatre mois après les semailles, c'est-à-dire au moment où elles commenceront à murir.
Nous rappelons que la chute de la météorite près de Koumassi avait creusé une considérable excavation qui forme le lac Bosomtwi. Le transfert de la représentation de cette météorite est accompagné de celui du lac. Au Mandé, comme au Sahel, une mare le représente : très profonde, elle est située entre Sibi et Dyoula Findo et nommé karii mogo masama ; ce sont là aussi des Kamara qui sont les gardiens et les officiants des lieux.
Il est ici nécessaire de souligner que le lieu du culte le plus ancien des Kakolo émigrés, situé volontairement près d’une source pérenne jouant un rôle fondamental, porte le nom d’une personnalité mythique d’une considérable importance, représenté par le rocher qui la domine. C’est aussi, et les enquêtes qui seront menées dans ces lieux permettront d’examiner ce transfert à un toponyme, celui du village situé à l’est, au pied de cette longue falaise en demi-cercle.
Les aménagements que l’on observe entre le village proprement dit et l’escarpement que domine « l’enclume » témoignent de l’ancienneté et de l’importance de ce lieu, on trouve notamment des litophones qui portent les marques visibles des frappes dont ils ont été l’objet.

M.SACKO 06/13



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