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Les Kakolo (ou Kagoro).



Les Kakolo (ou Kagoro) .
(Source : l’empire de Ghana. Le Wagadou et les traditions de Yéréré (Livre).

Les Kakolo, qui parlaient une langue particulière, comptaient aux origines trois grandes familles, devenues des clans, que l’on nomme : Kamara Kamafaga, Kamara Dansoko et Fofana Boiguillé.
Parallèlement, une tradition transmise par le généalogiste kakolo Djeli-Baba Cissoko dit que les familles originelles des Kakolo sont au nombre de trois, dont seraient issues les autres : Kamara, Fofana et Magassa.
«D’après Y.T. Cissé, seraient d’origines Kakolo : les Konaté-Konaré, les Kwaté (Kouyaté), les Bonboté, les Timité, les Koté, les Boité, les Tinkoté, les Dyité, les Nyakaté, les Kamara, les Kanté, les Kamité, les Danté, les Kanouté, les Sinyaté, les Kané, les Mariko, les Bamba, les Koita, les Nomoko, etc. Ce sont ces clans qui ont constitués sous les règnes successifs des empereurs du Wagadou le peuple Kakolo ».
-Selon la tradition de Yéréré, les Kakolo comptaient de nombreuses familles et occupaient un très large espace du Sahel. Leur nom signifierait « anciennement » ; d’après une étymologie malinké, on dit d’eux : ceux qui étaient ici anciennement », ninu tumba ya ka koro. Leurs ancêtres venus de la région de Kona auraient occupé celle de Tassala (dans le cercle de Bafoulabé), puis celle de Néma (localité située à l’époque au nord-ouest de Tombouctou), puis de Diabé (dans le Bambouk), puis de Sourakédou(où ?) et enfin celle de Gadougou (dans le cercle de Nara, prés de Banamba). Fondée par des Tarawélé (ou Traoré), Gadougou devint une grande agglomération.
-En 1901, le docteur A. J. Lucas, dans un article important, traite de l’occupation ancienne de l’Ouest Africain. Après l’exposé des traditions recueillies auprès de nombreux notables Mauritaniens et l’analyse des langues et de l’histoire des groupes concernés, il souligne qu’il est partout attesté que « toute cette région de l’Afrique sahélienne était primitivement occupée par des Noirs, et ceci jusqu’a l’Atlas, et bien avant l’arrivée de blancs venus les uns par la mer, les autres par le nord de l’Afrique ».
-En 1912, dans : Haut Sénégal-Niger, M. Delafosse dit que : « dans les temps primitifs, les Kagoro devaient être les autochtones du Bagana ; il est probable que les « sauvages » Bagana signalés par Bekri au sud-ouest de Ghaua et les Bagana des premiers voyageurs portugais n’étaient autres que des Kagoro ».
-Une session du premier Séminaire International et Interdisciplinaire qui s’est tenu à Niamey (Niger) en 1981 a été consacrée à l’étude du peuplement du Sahel et aux exposés de traditionalistes et d’érudits, qui tous nomment Kakolo les populations que les conquérants venus de Sonna (Assouan) ont trouvé sur les lieux. (La généalogie des Kagoro. 1977).
-Youssouf T. CISSE a longuement commenté les caractères et la vie des Kakolo : « Les Kakolo étaient à l’origine un peuple de nomades qui vivaient, chassaient et se déplaçaient par famille de dix a trente personnes. Tous les membres valides du groupe, y compris les femmes et les adolescents d’un certain âge, chassaient. A ces chasseurs des temps anciens, on donne le nom de dyauruw (sing. dyauru).
Leur champ d’action couvrait, dit-on, cet espace géographique soudano-sahélien qui s’étend d’est en ouest, de la vallée du Nil à la vallée du Sénégal. On attribue aux dyaruw l’édification de cercles de pierres et des pierres dressées qui auraient jalonné d’est en ouest les grands itinéraires qu’ils suivaient. Ces monuments auraient été des lieux de culte des dyauruw et, comme le disent les maitres-chasseurs du Manding, les « ancêtres » des fugu actuels (les fugu sont des cercles sacrés qui, à l’occasion des grands rituels de chasse, sont tracés sur le sol à l’aide de cendre de bois et qui ne sont accessibles qu’à certaines catégories de chasseurs).
Avec le temps, et surtout avec les sécheresses qui frappèrent leur terrain d’action les dyauruw se seraient fixés en des endroits précis : à proximité des mares, lacs et grands étangs ainsi qu’auprès des sources coulant au pied des montagnes qu’ils fréquentaient naguère. C’est alors que leurs femmes se seraient consacrées à la pèche et à la collecte du « riz sauvage » appelé koo malo, « riz des mares », puis à l’agriculture. Les hommes qui continuaient de chasser par petits groupes, et souvent loin de leur résidence, reçurent le nom de dyaulaw. C’est du reste sous ce nom que les chantres des chasseurs continuent encore de designer les grands chasseurs, « ceux qui partent au loin séjourner pendant des mois dans les campements de chasse ». » L‘agriculture se développe avec la sédentarisation et l’on distingue alors les karo « agriculteurs » et les dyulaw « chasseurs itinérants » ; ainsi « le mot dyula fut le nom des chasseurs avant de designer les commerçants, les marchands ambulants et les grands voyageurs ».
Lorsque les troupes de Dinga, venues sur les lieux, ont vaincu les guerriers kakolo, certains d’entre eux ont été intégrés aux groupes des combattants soninkés. D’après la tradition, les ancêtres de quatre familles kakolo seraient venus avec Dinga jusque dans la région de Dalangoumbé et seraient repartis avec lui à Sonna (Assouan), puis revenus dans le sahel avec Diabé : ce sont les fondateurs des clans Kamara, Fofana, Tounkara et Samoura. Certains Kakolo étaient restés sur place.
Quand Diabé a occupé et organisé le Wagadou, ils comptaient neuf clans : Kamara, Kamissoko, Bagayogo, Doumbia (ou Cissoko), Danno, Magassa, Fofana, Konaté, Kanté(ou Kanubé). Plus tard, tous ces clans ont éclatés ; on en compte beaucoup plus aujourd’hui.
Bien qu’ils ne fussent jamais mis au fait des problèmes relatifs à l’intégrité de l’empire, les kakolo, d’une façon générale, ont gardé la chefferie dans leurs cantons et leurs villages du Sahel. Mais placés sous l’autorité des « nobles » Soninké, wage, ils étaient leurs sacrificateurs (en particulier, ils officiaient pour tout ce qui concernait « l’enclume mythique ») et leurs tambourinaires. En troisième lieu, ils étaient intégrés dans l’armée comme fantassins ; mais ils ne pouvaient jamais avoir de monture. De plus, les Kakolo sont considérés comme les premiers métallurgistes du « cuivre rouge ».
« Les interdits les plus anciens des Kakolo, selon les lieux qu’ils habitaient dans le sahel, étaient le crocodile ou le varan. Ils se distinguaient des autres peuples, et en particulier des Soninké par des scarifications caractéristiques qu’ils ont portées jusqu'à un passé récent et que l’on appelle kakolotili, « incisions des Kakolo » (il s’agit de scarification en relief du genre de celles que portent les Sara du Tchad). Un grand nombre de statuettes mises à jour par les fouilles de Karey Gourou, dans la banlieue de Niamey(Niger), portent des scarifications analogues. Ils se distinguaient aussi par leur coiffure, car ils tressaient leurs cheveux. De plus, et contrairement aux Soninké qui les introduisirent au Wagadou, ils ne pratiquaient ni la circoncision ni l’excision.
Les Kakolo, nous l’avons dit, parlaient une langue particulière, qui devait compter plusieurs dialectes.
Diarra Sylla précise que l’on distinguait les dialectes « noirs », parlés dans le Kaarta qui, à l’époque, s’étendait du Kaarta actuel au Bélédougou et jusqu’au Mandé. Les dialectes « blancs » étaient parlés au nord de Wagadou et jusqu’à la Falémé.
Sous l’empire, les habitants parlaient leur langue et aussi la langue Soninké.
Ils avaient une sorte de graphisme, en tout cas un système de signes qui étaient soit gravés, notamment sur les louches rituelles utilisées pour la pluie, soit peints sur des parois rocheuses.
Les Kakolo comme plus tard les Malinké eurent à souffrir du pouvoir des Soninké auxquels ils donnent le nom de Maraka(Marka), « gens de l’autorité », du « pouvoir politique ».
Pour lutter contre cette tyrannie, deux jeunes chasseurs kakolo, Kadiali Simbo et Sirimâ Korta, auraient créé la « société des chasseurs », kaña lemme, « enfants de la chasse (dozo ton en bambara), sorte de confrérie de type maçonnique prêchant la liberté pour chacun, l’égalité, la fraternité et l’entente entre tous les hommes, et ceci quel que soient leur race, leur origine sociale, leurs croyances ou la fonction qu’ils exercent. La société ainsi créée aurait eu un succès si fulgurant auprès des Kakolo en général, des déshérités et des opprimés en particulier, qu’elle ne manqua pas d’inquiéter les autorités du Wagadou. Celles ci auraient tenté, mais en vain, de la réduire au silence. Car les vieux simbo, héros de chasse, en auraient fait l’instrument de leur résistance aux Soninké. Cette société resta, depuis lors, le lieu de ralliement de tous ceux qui disent non à l’oppression, non à au renoncement devant l’adversité, et qui n’entendent obéir qu’a des autorités qui émanent de leur confrérie ou qui ont son approbation. Les mythes que les détenteurs initiés situent au nord du sahel relatent les actes des deux chasseurs qui sont à l’origine de l’instauration d’un autel et de rituels de chasse (conservés encore aujourd’hui par la confrérie du Mandé).
La province du Wagadou anciennement occupée par cette société de chasseurs porte le nom de Kanyaka ou Kanyaga, mot servant à designer le nord. » Cette confrérie fut de beaucoup postérieure au groupement clanique.
Les diamu, « noms de clans », qui ne sont apparus chez les Soninké qu’après l’organisation de l’empire par Diabé, existaient déjà en partie chez les Kakolo. Tout en envisageant que les sociétés qui vivaient dans le sahel avant la conquête de Diabé puisse être groupées et considérées comme Kakolo, il parait nécessaire d’examiner le statut des clans qui se déclarent Karo et Kousa. Car leur situation est particulière ; sur des plans différents, ils assumèrent certains rôles vis-à-vis des « maitres politiques » que furent les Soninké conquérants. Dans les deux cas aussi, les Karo comme les Kousa, conquis et dominés, acquirent très tôt le droit d’entretenir des traditionalistes assermentés, dépositaires de leur généalogie et de leur histoire, droit réservé aux origines aux seuls wage Soninké.

M.SACKO 12/12



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