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Transfert des cultes Soninké et Kakolo.
V. La « petite enclume ».

Transfert des cultes Soninké et Kakolo.
V. La « petite enclume ».
(Selon le livre « l’empire de Ghana. Le Wagadou et les traditions de Yéréré »).



Photo: Enclume portative Dogon (dessin de J. Jean-Charles).

a) Les Sinayogo, dits aussi Togora, sont les responsables d’un autel portatif dit kurâ le, « petite enclume ». Il n’existe qu’un seul exemplaire de cet autel, qui est toujours placé sous la garde du plus âgé des chefs de lignages de cette famille. Il peut donc être amené à changer de lieu d’affectation après la mort du responsable.
Le culte de cette enclume vaut pour l’ensemble du groupe ethnique vivant au Mandé et pour tout ce qui le concerne. Nous donnons ci-après le rite très ancien qui a présidé à la confection et à la consécration de cet autel.
L’autel, kurâ le, est constitué d’une tige d’or (sanu), d’une tige de cuivre rouge (danya) et d’une tige de cuivre jaune (sula), enfermées dans une feuille de fer noir (nege fi). L’ensemble est battu, martelé à chaud et trempé. On confectionne ainsi une « enclume » qui comprendra les quatre éléments de base symbolisés respectivement pour:
- le « feu » par l’or,
- « l’eau » par le cuivre jaune,
- « l’air » par le cuivre rouge,
- la « terre » par le fer.
L’or est à la base, car il représente la pureté et l’incorruptibilité. Plus il vieillit, plus l’or a de la force. Son témoin est le cuivre rouge ; c’est le support de la puissance agressive qui peut être dangereuse, car il est « chaud et ardent ». Le cuivre jaune est utilisé pour guérir les maladies.
L’enclume est accompagnée d’un petit marteau de fer qu’on appelle « le petit de l’enclume », confectionné en fer noir provenant d’un haut fourneau.
Cet objet a la longueur d’une palme, du pouce à l’auriculaire et l’enclume la hauteur d’une main. Ces deux objets sont consacrés par un sacrifice effectué en présence des seuls Sinayogo dans le bosquet sacré du komo (dit gwe tu, « touffe de la pureté »). On les place dans un morceau de poterie cassée au-dessus de laquelle on égorge successivement un coq noir, un coq rouge, un bouc, un chien rouge. Les coqs rouge et noir représentent toutes les variétés d’êtres humains ; le bouc est le symbole de la virilité et de la fécondité ; le chien « rouge » est le témoin de la parole, du verbe, du rhombe.
Ces deux objets furent mis en contact avec « l’enclume » de Nyenguema après leur consécration. Tous les ans, les responsables effectuent le sacrifice d’un coq noir et d’un coq rouge, au premier jour de la lune dite dyô mine, suivi d’une beuverie de bière de sorgho blanc. Les Sinayogo, autrefois chefs de guerre, ont abandonné la métallurgie ; mais à l’origine ils étaient des forgerons.
Au Mandé, le culte de « la petite enclume » a une valeur particulière, car il est lié à un territoire sacré, celui de Dakadyalan, lieu de naissance et capitale de Soundiata, selon Y.T. Cissé et Wâ Kamissoko : La grande geste du Mali, page.73…


Photo: Le chien « rouge », témoin de la parole, du verbe, du rhombe.

b) Or on observe, chez les Dogon qui, nous l’avons vu, ont transporté avec eux le culte de « l’enclume-météorite », un comportement parallèle quant à « l’enclume portative ». Un objet nous a été apporté par l’un des membres d’une famille Poudyougo d’Amani en 1970. Il s’agit d’une sorte de bracelet de bronze peu ouvert, très épais et très lourd (il pèse 6 kg), remarquablement décoré sur toute sa surface par une série d’excroissance en ronde bosse ; en son milieu, une petite tablette circulaire le surmonte. Nos collaborateurs, qui connaissaient cette variété d’objets, nous ont immédiatement informés qu’il s’agissait là d’une « enclume portative » individuelle, laquelle était confectionnée par un forgeron dyemme na et consacrée pour un chef de lignage. Ce dernier le conservait à l’abri, loin des regards de tous. Lorsque se présentait un problème important, intéressant la communauté dont il était en partie responsable, il s’isolait dans sa demeure et seul avec l’objet, priait Dieu, Amma et ses ancêtres de l’aider à le résoudre. L’objet ne pouvait être transmis qu’à son fils, ou à son frère s’il n’avait pas de fils.
A Amani, le lignage s’était éteint qui possédait l’objet, lequel ne pouvait être hérité selon la règle. Les habitants du village, ne pouvant le garder, nous l’avaient apporté. D’autres chefs de famille ont des objets comparables, en particulier à Sanga, et les utilisent aux mêmes fins.
Si nous nous sommes étendue ici sur cet autel Dogon, qui intéresse à la fois les chefs d’une fraction de la société et les forgerons, c’est pour souligner que les Sinayogo, responsables au Mandé de la « petite enclume », étaient des forgerons au temps de l’empire du Wagadou.


Photo: Le bouc, symbole de la virilité et de la fécondité.

M.SACKO 06/13



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