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Cultes et rites des Soninké et des Kakolo.(suite).
II. La pierre de Dyenguèdé.




Cultes et rites des Soninké et des Kakolo.
II. La pierre de Dyenguèdé.

(Selon le livre « l’empire de Ghana. Le Wagadou et les traditions de Yéréré »).

Introduction : Ari est le nom donné au Dieu suprême par les Soninké. S’il n’est pas mentionné dans le texte de Diarra Sylla, il apparait dans celui qu’a énoncé Diaowé Simagha, de façon révélatrice sur sa primauté et son importance. Lorsque le héros, Marain Diagou, poussé par les généalogistes des Kousa, se décide à venger son père en allant attaquer le tyran Garaghé qui avait fait injustement exécuter ce dernier, il va tout d’abord voir sa mère et sa sœur. Celles-ci l’encouragent par trois fois, en lui disant : « Diagou Doumbé Marain, Dieu te sera propice » (Diagou Doumbé Marain hari na a sira a maxa).
Et s’il part alors « se faire traiter » pour affronter Garaghé, c’est grâce à Dinga, l’ancêtre traditionnel apical, qu’il parviendra à acquérir les forces nécessaires.

II. La « pierre » de Dyenguèdé.
Le culte le plus ancien des Kakolo, celui de « l’enclume » mythique dite « pierre de Dyenguèdé », resta assumé par eux pendant toute la durée de l’empire Soninké du Wagadou. Nous ne savons pas aujourd’hui quel était autrefois le rituel de ce culte. Mais les enquêtes dont certaines sont très récentes ont permis de dégager le symbolisme polyvalent de la représentation d’un fait naturel et des associations dont elle fut l’objet du point de vue social et culturel.
Le « témoin » nommé « pierre » (pierre levée ou rocher naturel) situé à Dyenguédé, dans la région de Koumbi était l’autel principal des Kakolo : c’est sur lui que Diabé fit prêter serment à tous ses compagnons comme aux chefs des populations qu’il avait conquises et assimilées. Ce témoin, dit aussi « pierre », est l’objet de représentations absolument parallèles, d’une part dans le Mandé, d’autre part chez les Dogon, dont il est « l’autel » principal. Dans les trois cas, ce ne furent pas, ce ne sont pas les chefs d’un clan de la caste des « forgerons » qui assumèrent, ou assument actuellement la responsabilité des cultes dont il fut ou est l’objet.
Chez les Soninkés, nous l’avons vu, ce furent des Kakolo, chasseurs, mais aussi agriculteurs, avec lesquels se sont alliés les wage Soninké. Dans le Mandé, ce témoin est l’objet des soins de notables Kamara, qui sont des agriculteurs. Chez les dogon, le mythe et les rites démontrent à eux seuls que l’ « enclume », dite également « pierre », située à Yougou Dogouro, est associée avant toute autre affectation à l’agriculture. Nulle part la garde de ce témoin d’un événement attesté comme le plus ancien dans toutes ces régions, nulle part le culte, peut être réduit mais fondamental, dont il est encore l’objet n’est assumé par des responsables relevant de clans « forgerons ».
Car le personnage nommé partout « forgeron » est d’abord le « maitre du feu » ; il est aussi partout associé, avant toute autre affectation, à l’agriculture. Dans la trame du mythe Dogon qui relate son action, c’est bien plus tard que celui qui préleva, apportant aux hommes, les graines des plantes à cultiver qui furent leur nourriture de base, devint métallurgiste. Il est considéré comme ayant utilisé une réplique de cette « pierre » comme enclume dans la première forge pour frapper et modeler le fer qu’il extraya d’abord de matériaux lourds, de météorites ou de pierres ferrugineuses ramassées au sol, puis de minerai extrait du sol.
Il est bien évident qu’ « agriculture » implique technique, matériel et outillage. C’est pour cela que, chez les Dogon, le « forgeron » sera celui qui manipule le feu, confectionne les premiers outils de bois agricoles pour cultiver le premier « champ » attesté par le mythe et représenté au bord de l’excavation aménagée qui représente, à Yougo Dogorou, le lac Bosomtwi. Il a prélevé les grains dans l’ « enclume » tombée du ciel, il les a semés, cultivés et récoltés au bord de l’eau. Après cela, il est allé plus loin ; laissant aux autres le travail des champs, il s’est attaqué à ce que pouvait maitriser le feu, en fabriquant les outils, les armes, avec tous les matériaux qu’il pouvait ramasser ou extraire, puis traiter.
Nous ne savons pas exactement quel était le rituel du culte Kakolo de Dyenguèdé. Mais chaque année, au lieu où les six ancêtres des clans wage Soninké descendants de Diabé, puis ceux des autres clans avaient prêté serment à Diabé lors de la fondation de l’empire, un albinos était sacrifié comme l’avait fait Diabé lorsqu’il prêta serment à Bida avant son intronisation.
La « pierre » de Dyenguèdé est, pour les Soninké comme ailleurs pour d’autres populations d’Afrique occidentale, le témoin d’un aérolithe gigantesque qui a creusé une très large et très profonde excavation : celle-ci s’est remplie d’eau de pluie et de torrents que provoquèrent ces dernières à son voisinage. Pour les « forgerons » initiés, l’impact a formé le cratère du lac Bonomtwi, situé à 32 km de Koumassi ; circulaire, il a entre 8 et 10 km de large. Un certain nombre d’agglomération ont été édifiées au bord des rives sur l’ensemble de son pourtour par des pêcheurs Ashanti, pour lesquels il est un « lac sacré ».
Le fond du lac, les rives et les alentours ont fait l’objet de longues recherches géologiques et minéralogiques pour déterminer l’origine de la formation du cratère. Les spécialistes ont conclu à la chute d’une gigantesque météorite tombée il y a plus de dix millions d’années.
Partout cet évènement est rattaché, dans la mythologie des sociétés d’Afrique de l’ouest, aux fonctions et aux travaux de la caste des forgerons : « la pierre météorite a rejailli du cratère et s’est planté dans le sol ; l’ancêtre des forgerons en fera la première « enclume » quand il édifiera sa forge ».


M.SACKO 04/13



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