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Transfert des cultes Soninké et Kakolo.
I. Le Sanctuaire de Kangaba.


Photo: Réfection septennale toiture de la case sacrée de Kangaba (appelée Kama Bolon)

Transfert des cultes Soninké et Kakolo.
I. Le Sanctuaire de Kangaba.
(Selon le livre « l’empire de Ghana. Le Wagadou et les traditions de Yéréré »).

Introduction : Nous avons vu que cinq clans Kakolo, qui avaient exercé une certaine autorité dans le Wagadou, sont dits blaw : les Kamara, Kamissoko, Doumbia (ou Sissoko), Bagayogo et Sinayoko (ou Danyogo). Implantées très anciennement dans la région du Mandé, y avaient transporté leurs cultes en même temps que leurs ressortissants devenaient « maitres de la terre ». La devise des cinq familles blaw est blaw mâsa so loolu, « les cinq maisons des chefs blaw ». Chacune d’elle est responsable encore actuellement d’un ou plusieurs cultes particuliers, dont l’origine est antérieure à l’occupation du Mandé et qui furent donc importés du Wagadou, soit par exemple :
- Kono à Krina pour les Kamissoko,
- Benba à Dankassa pour les Kamara,
- Soda à Nyenguéma pour les Kamara et à Karatabougou pour les Doumbia,
- Kuranle à Balandougou pour les Sinayoko.
Ces divers cultes, kono, benba, soda, etc. sont encore en vigueur aujourd’hui. Ils contribuent à affermir la cohésion sociale et la solidarité économique qui lient les membres de ces diverses familles, et à leur conserver leur spécificité…

I. Le Sanctuaire de Kangaba.
Lorsque certains clans se sont réfugiés au Mandé, cette région avait été déjà partiellement occupée par des Traoré. Une fraction importante de cette famille, émigrant du Wagadou, se serait tout d’abord installée à Soumandougou, dans la région de Mopti, où elle aurait édifié le premier sanctuaire de kamâ blo. Ce culte aurait été transporté et diffusé au fur et à mesure de leurs déplacements vers l’est, dans les régions de San puis de Segou, enfin au Mandé, où les Traoré implantèrent le premier sanctuaire à Kiniéro. Les Traoré étaient des chasseurs ; cependant ils cultivaient le maïs et le fonio « blanc ». Les nouveaux arrivants étaient des cultivateurs de petit mil et de sorgho. A la suite de tractations, ils devinrent « maitres de la terre cultivée », les Traoré restant « maitres de la brousse ».
Cinq clans Kakolo, qui avaient exercé une certaine autorité dans le Wagadou, sont dits blaw : les Kamara, Kamissoko, Doumbia (ou Sissoko), Bagayogo et Sinayoko (ou Danyogo). Ils ont transporté avec eux les cultes qu’ils avaient assumés au Sahel. Les Konaté qui les suivirent plus tard avaient été dans une certaine mesure les alliés des Soninké qui régnaient au Wagadou. Le Kaya Maga avait accueilli Soundiata lorsqu’il avait fui le Mandé. Une aide politique fut accordée par ce dernier aux Soninké après la chute de l’empire. Ces accords se sont alors renforcés d’alliances matrimoniales.
Après l’occupation du Mandé par des clans Kakolo, dont les Konaté (ou Kwaté), qui prirent sous le règne de Soundiata le nom Keita, les Traoré perdirent leur autonomie politique. Ils ont conservé les Kamâ blo de Kiniéro et de certaines agglomérations de Guinée ; les Keita édifièrent celui de Kangaba (Kaba) et assumèrent avec les Kamara qui sont « maitres de la terre » la responsabilité du culte.
Tous les sept ans, on procède à la réfection du bâtiment du sanctuaire et à la pose d’un nouveau toit. Ce sanctuaire et le culte septennal dont il est l’objet ont une importance considérable pour toutes les familles des ethnies qui se déclarèrent issues ou associés au Mandé à partir de l’époque où fut créé et organisé l’empire du Mali.
En 1954, après avoir assisté à la cérémonie de Kangaba et recueilli des informations auprès des notables Keita de Kangaba et de Bamako comme auprès des généalogistes Kouyaté et Diabaté, G. DIETERLEN dans « Mythe et organisation sociale au Soudan Français » écrivait :
« Le Mandé est le siège de l’ancien empire Keita, dit du Mali, qui a fait l’objet d’un certain nombre d’études historiques : son centre actuel est Kangaba, nommé Kaba par les autochtones. Une liste des populations se déclarant « issues » du Mandé a été relevée et publiée, ainsi que des renseignements complémentaires recueillis au cours d’enquêtes menées dans les régions de Ségou, San, Macina, Diafarabé, Moti, Badiangara, Tougan, Ouahigouya, etc.
Nous avons assisté en avril 1954 à la cérémonie septennale de Kangaba qui réunit Keita et apparenté pour la réfection du kamâ blo, sanctuaire érigé dans cette agglomération par Mansasama, descendant de Soundiata. Or cette construction est la réplique du premier sanctuaire construit par les Keita à une époque plus ancienne, lequel se trouve non loin de Kri, près de Nyagassola. La région montagneuse s’étendant de Kri, vers l’est, jusqu’au-dessus et au-delà de Sibi est considérée par les Keita, qui la nomment Kouroula, comme le berceau de cette famille.
La réfection du sanctuaire de Kangaba est d’ailleurs précédée d’un sacrifice offert dans l’ancien sanctuaire par des personnalités Kéita. Au cours de la cérémonie de Kangaba, qui dure cinq jours, les Dyabaté du village de Kéla, seuls accrédités pour exécuter cette partie du rite, pénètrent à l’intérieur du sanctuaire, avant la pose du toit, et durant toute une nuit, récitent, en se relayant, le mythe de la création, les généalogies mythiques, puis les généalogies historiques des Keita, comme celles des familles apparentées ou alliées à ces derniers.
Le nombre de quarante-quatre populations associées au Mandé, souvent mentionné par la tradition, est un nombre symbolique, qui correspond au nombre de clans que comptaient les cinq premières générations mythiques reconnues sous des formes comparables dans diverses sociétés soudanaises. Mais, historiquement parlant, les généalogistes ou traditionalistes déclarent tous que trente familles – dont suivent les noms – considérées comme ayant leur souche au Mandé, ont essaimé sur un très large espace en Afrique noire et relèvent d’une origine commune :
- Cinq familles Masaré, ou Keita, dites mammuru si ke duru, issues de cinq frères Keita descendants de Soundiata ;
- Cinq familles de marabouts, dites mori si ke duru : Bérété, Touré, Haydara, Fofana, Saganogo ;
- Quatre familles de gens de caste, dites wara nani ou Ñamakala : les généalogistes ou griots, dyelu ; les forgerons, numu ; les travailleurs du cuir, garanke ; les vanniers, fina ou fine :
- Seize familles de « captifs nobles », dits tô ta dyo tâ ni woro, « seize captifs qui ont pris l’équipement de guerre ». Ce sont les alliés volontaires des Kéita, avec lesquels ceux-ci sont unis parfois également par le mariage : Traoré, Koné, Kamara, Kourouma, Mogasouba, Dansouba, Koulibali, Danyoko, Dyara, Danté, Sogoré (ou Kanté), Diallo, Diakité, Sidibé, Sangaré.
A ces « familles » sont rattachés non seulement tous les groupes de langue mandingue, Malinké, Bambara, Dioula ou Kassonkhé, mais encore la plupart des populations du Sénégal, du Soudan, de la Cote d’Ivoire, du Togo, etc. »
Nous avions donné là des « premières listes de ces familles », qui devaient par la suite, comme nous le disions, subir des modifications.



Photo: Case sacrée de Kangaba (appelée Kama Bolon).

« En 1982, nous assistions à la cérémonie de Kangaba avec Diarra Sylla, qui a rattaché toute la première partie du rituel à une évocation du passé dont les sources sont puisées dans ceux qui étaient réalisés au temps de l’empire du Wagadou. Et notamment à l’un des cultes anciens des « familles », lesquelles seront successivement évoquées par les officiants dans leurs récitations, la nuit suivante. Nous rappelons d’abord ci-dessous les observations consignées en 1954 :,
Les griots ayant quitté le village de Kela déclament au moment de partir la louange (fasa) du toit du sanctuaire. Personne ne doit traverser la route qu’ils suivront. Leur trajet sera accompagné de déclamations rituelles.
A Kangaba, ils pénètrent en file par un dans l’espace réservé, par la porte sud-ouest. Pendant ce temps, les femmes qui les accompagnent ont fait le tour de l’enceinte et se sont massées au nord-est.
Trois fois de suite, les griots font le tour du sanctuaire dans le sens est-nord ouest-sud, de gauche à droite, en entonnant sept fois le même chant ; ils s’arrêtent dans leur déambulation pour chaque exécution.
Le second de rang porte le tama de Siné Dyabaté ; d’autres ont des harpes-luths ngoni et des chasse-mouches. Presque tous ont dans la bouche des frotte-dents. Une seule femme suit ce cortège masculin. Ils sortent de l’enceinte par la porte nord-est et la femme qui les suit rejoint et entraine à sa suite les autres femmes pour se rendre dans la demeure qui leur est réservée et où ils ont fait déposer leurs bagages. Ils s’y reposent et consomment la nourriture offerte par les habitants de Kaba.
Le soir, après le coucher du soleil, ils pénètrent dans le sanctuaire. Les notables Kéita sont assis sur le wassi et les assistants placés derrière les barrières, la garde de l’espace réservé étant toujours assurée par les jeunes gens.
Ils récitent, en se relayant, depuis ce moment et jusqu’au lever du soleil, des textes sacrés qui ne sont proclamés qu’à cette occasion, entrecoupés de chants exécutés en chœur ».
La première partie du rituel, soit la procession des généalogistes de Kela jusqu’à Kangaba, leur entrée dans l’espace réservé, leur déambulation autour du toit posé au sol et du sanctuaire est un rappel du culte de Bida :
- La première observation est relative aux dates : le « sacrifice » à Bida avait lieu chaque année, le septième jour du septième mois : c’est ce fait que rappelle la réfection septennale du sanctuaire de Kangaba.
- La seconde est relative aux déplacements des généalogistes autour du sanctuaire. Nous rappelons que la jeune fille « donnée » à Bida était, comme une mariée, conduite au bord du gouffre par les gessere en procession, le plus âgé marchant devant portant la lance rituelle. Or les généalogistes de Kela sont suivies d’une seule femme pendant leur triple déambulation en file indienne dans l’espace réservé. Si le second de rang porte le tama du doyen des Diabaté, il est précédé d’un notable Bérété, c'est-à-dire d’un wage Soninké portant une lance (qu’il conserve dans sa demeure personnelle à l’abri de tous regards). La femme ne reparaitra plus, car elle représente, dans cette première partie du rite, la jeune fille conduite comme une mariée que l’on offrait à Bida avec la pouliche qu’elle avait montée et le tabouret en or sur lequel on l’avait assise.
- De plus, les généalogistes portent ce jour-là des vêtements jaunes et un bonnet à oreilles maintenu autour de la tête par une bande de coton nouée au front pour retomber sur la nuque. Ce dernier est absolument comparable à ceux que portaient les gessere au Wagadou pour officier en précédant la jeune fille, et dont quelques exemplaires sont conservés dans certaines familles à Yéréré.
C’est ainsi qu’est rappelé, tous les sept ans, le culte des Wage Soninké de l’empire du Wagadou. Tout le reste de la cérémonie est associé à l’organisation politique, sociale et religieuse de l’empire du Mali qu’ont adoptée certains de ceux qui se sont réfugiés au bord du Niger.
De plus, l’évocation des cultes anciens du Wagadou est non seulement présente dans le rituel que nous avons observé, mais dans ceux qui ont accompagné l’édification du sanctuaire et du terre-plain. Dans l’espace réservé, autour du sanctuaire, un certain nombre de jarres ont été enterrées. A l’intérieur du bâtiment a été déposée une très grande jarre que l’on a remplie d’eau de pluie. Elle a été collectée, comme elle l’est encore quand cela est nécessaire, depuis cette fondation de la façon suivante : sept récipients (quatre jarres et trois poteries) sont placés à l’intérieur de la cour d’un notable de Kangaba sous les gouttières, de façon qu’elles puissent recevoir l’eau de pluie tombée sur les terrasses d’habitation. Cette opération est faite de façon à recueillir l’eau de la première pluie comme celle de la dernière pluie de l’année en cours. L’eau est transférée dans la grande jarre du sanctuaire, dans laquelle plonge, depuis la fondation, une corde ou plutôt une chaîne faite d’anneaux de fibres végétales, de fer noir, de cuivre rouge, de cuivre jaune, d’argent et d’or.
Cette eau, dont le niveau est maintenu par des adjonctions régulières d’eau recueillie annuellement comme nous l’avons relaté ci-dessus, a servi et servira à réaliser, lors de chaque réfection, avec de la terre « noire » prélevée dans la « mare des familles » de Kangaba, « les 266 signes noirs traditionnels qui seront peints sur les parois internes du sanctuaire ».
C’est là le rappel et l’installation locale d’un culte fondamental, comme le fut celui des jarres de Dinga.
Quant au terre-plain wassi, il est le symbole de « l’enclume » et des tectites que l’on a recueillies sur un espace considérable, notamment en Côte-D’ivoire. Les pierres que déposent les circoncis dans l’enceinte sont de couleur rouge, c'est-à-dire ferrugineuses. Ainsi les gens d’âge et les « forgerons » sont-ils, pendant la durée de la réfection, assis sur un témoin du principal autel des Kakolo du Wagadou.

M.SACKO 05/13



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